Le texte qui suit
est le
résumé exécutif d’un rapport rendu public par
Refugees International le 17 octobre dernier intitulé «Saisir
ce moment d’espoir: vers un avenir
sécuritaire en République Démocratique du
Congo». Ce rapport encourage le nouveau gouvernement
congolais ainsi
que ses alliés à redoubler leurs efforts au cours de la
prochaine année afin de mettre un frein aux attaques contre la
population civile et au déplacement forcé, et de
résoudre la crise humanitaire en RDC.
Refugees
International est
une organisation humanitaire de plaidoyer, indépendante, dont le
siège se trouve a Washington DC. L’organisation a mené
deux missions en RDC cette année, et s’apprête à en
mener une autre du 27 octobre au 17 novembre.
Résumé
Exécutif
Pendant plus d'une
décennie, la République Démocratique du Congo
(RDC) a été aux prises avec l’une des pires crises
humanitaires qu’ait connues le monde. Néanmoins, contre toute
attente, cette situation s'est nettement améliorée au
cours des dernières années. Soixante-dix pour cent des
électeurs ont voté lors des premières
élections présidentielles démocratiques depuis une
quarantaine d’années ; la violence à l'est a
reculé, surtout grâce à la MONUC, force de maintien
de la paix de l'ONU ; et la réponse humanitaire s'est
améliorée alors que les personnes déplacées
et les réfugiés ont commencé à rentrer chez
eux. La RDC ne constitue plus un bourbier ingérable: elle est
arrivée à un moment d'espoir qui doit être saisi.
La communauté
internationale doit maintenant redoubler ses efforts pour aider ceux
qui sont toujours dans le besoin et stabiliser davantage le pays,
s’appuyer sur les améliorations apportées et
protéger son investissement, qui est déjà
considérable. La priorité est à l'action — ce
n’est pas le moment de réduire les efforts ou de laisser notre
attention s’égarer. La RDC est essentielle à la
communauté internationale pour des raisons autant
stratégiques qu’humanitaires; elle combine en effet un
potentiel stupéfiant et une souffrance énorme. Ses
immenses ressources naturelles ont exacerbé les conflits
régionaux après l'effondrement du régime Mobutu
dans les années 90 au lieu de servir de moteur pour le
développement et la stabilité dans la région.
Quatre millions de personnes en sont mortes et, à l’heure
actuelle, il reste 1 600 000 personnes déplacées à
l'intérieur de la RDC . En dépit des signes d'espoir
apportés par les élections, les combats et les
déplacements continueront l'année prochaine, même
lorsque les nouvelles autorités entreront en fonctions et que
des programmes de développement à long terme seront
lancés.
La priorité
humanitaire la plus urgente est d’augmenter la sécurité
des civils en reformant les forces armées congolaises, en
développant la MONUC et en mettant en œuvre l'embargo sur les
armes et les ressources naturelles. Les poches de violence, le
déplacement et les besoins persistent partout dans l'est; les
personnes déplacées sont hors de la portée de
l'aide humanitaire et leurs tentatives de retour chez elles se voient
contrecarrées par les combats. Les FARDC – les nouvelles forces
armées nationales congolaises — constituent la menace la plus
sérieuse. Malgré un processus d'intégration
conçu pour créer une armée professionnelle, les
troupes des FARDC (un mélange des forces de l'ancien
gouvernement et de groupes rebelles) sont mal formées et
sous-payées; elles sont abandonnées par leur
commandement, ce qui les oblige à vivre aux dépens de la
population, et ouvre la porte aux exactions — les viols en particulier.
Les civils subissent
également les attaques de milices locales et de groupes de
rebelles qui cherchent à mettre la main sur les ressources
naturelles, ou sont en conflit avec des gouvernements des pays voisins.
Des opérations conjointes entre les FARDC et la MONUC
menées pour soumettre ces groupes ont déplacé des
centaines de milliers de personnes depuis janvier 2006, sans gain
stratégique appréciable. La MONUC a subi des pressions de
la part des États-Unis, son plus grand contributeur, pour
poursuivre cette solution militaire, mais ni elle ni les FARDC n’ont la
capacité de la mettre en œuvre.
De plus, le conseil de
sécurité de l'ONU a récemment élargi
l’embargo sur le trafic d'armes avec la RDC et les ressources
naturelles qui le financent. Là encore, bien qu’étant
spécifiquement mandatée pour le faire, la MONUC n’a pas
la capacité de surveiller la mise en application de cet embargo
en raison d'un manque de troupes, d'équipements et de
capacités de renseignement. L'embargo est crucial pour
résoudre les sources du conflit en RDC, mais il n'a jamais
été respecté. Le Rwanda et l'Ouganda ont un
rôle particulier à jouer à cet égard, et le
trafic incessant d'armes en provenance de leurs territoires vers l’est
de la RDC démontre leur échec.
Dans les zones de plus
en plus nombreuses où la paix rend l'assistance possible,
l’augmentation de l’aide humanitaire et la coordination continue entre
les agences demeurent des éléments clés. L'aide
est nécessaire, autant dans les zones de crise et de
déplacement, où les vies sont en danger, que dans les
zones de normalisation et de retour, où les vies se
reconstruisent. Au Nord-Kivu et en Ituri, le nombre de personnes
déplacées a augmenté au cours de ces derniers
mois, ce qui a mis à rude épreuve la capacité de
réponse des bailleurs de fonds, des agences de l'ONU et des
organisations non gouvernementales (ONG). Une nouvelle initiative, le
Mécanisme de Réponse Rapide, a bien joué son
rôle en établissant des équipes d'ONG qui peuvent
répondre rapidement à de nouvelles crises de
déplacement avec des abris prêts à monter, des kits
ménagers, de la nourriture et de l’eau. En termes de retour et
de réinstallation des populations, cependant, la réponse
a jusqu'ici été lente. Étant donnée
l'étendue du problème, les bailleurs de fonds et les
agences humanitaires doivent identifier les zones de retour qu'ils
aideront en premier, en se concentrant sur celles qui attireront le
plus grand nombre de personnes déplacées ou qui
présentent le plus grand danger de reprise des combats. Ils
devront d'abord répondre aux besoins humanitaires de base, et
ensuite agir rapidement pour assurer la sécurité de la
population dans la durée, tout comme son accès aux
marchés, à l'eau potable, à l'éducation et
aux soins médicaux.
La réponse
humanitaire, pour le déplacement comme pour le retour,
dépend du financement — et le financement n’est en aucun cas
à la hauteur de la crise en RDC. Si l'objectif consiste en des
normes minimales d'assistance pour tous ceux qui en ont besoin,
à l’heure actuelle les bailleurs de fonds ne fournissent pas les
ressources nécessaires. Le problème est aggravé
par le fait que l'action humanitaire en RDC s’avère
coûteuse: les distances sont grandes, l'infrastructure
inexistante et la corruption endémique. L’ONU a
présenté l'image la plus complète à ce jour
des besoins humanitaires et a proposé des réponses pour
la RDC dans le Plan d'Action 2006. Les bailleurs n'ont cependant pas
pris l'appel au sérieux en ne fournissant qu’un tiers des 680
millions de dollars demandés. Les bailleurs ont commencé
à contribuer davantage aux programmes de développement
à long terme, mais ce changement de cap crée un retard
dans l'aide à court terme qui pourrait sauver des vies
maintenant. L'Union européenne en particulier a cessé son
soutien à l'aide humanitaire avant que ses fonds de
développement ne soient rendus disponibles.
La qualité de la
réponse humanitaire dépend aussi de la coordination. La
RDC est un pays pilote pour l'Approche « Cluster » (une
approche de responsabilité sectorielle) et le « Pooled
Fund » (les fonds mis en commun), deux initiatives conjointes qui
ont amélioré la coordination, mais qui risquent d’avoir
un impact négatif sur le financement. L'Approche Cluster a
rapproché des agences de l’ONU et des ONG internationales (mais
pas encore leurs représentants locaux) afin d’établir des
priorités dans des secteurs tels que la protection, ou l’eau et
l’assainissement. Le Pooled Fund a été établi pour
assurer que des projets sans financement, destinés à
couvrir des besoins prioritaires, puissent néanmoins être
mis en œuvre. Quelques bailleurs de fonds européens (en
particulier le Royaume-Uni) y ont contribué
considérablement. Le Pooled Fund octroie des subventions en
appliquant les recommandations des Clusters, ou Commissions
sectorielles, ce qui encourage fortement les ONG à participer,
en améliorant ainsi la coordination. Cependant, le Programme des
Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’agence
administratrice du Pooled Fund, n'a pas été capable de
verser les fonds en temps voulu. On peut également craindre que
le Fonds favorise les agences de l'ONU, avec leurs frais
généraux élevés, aux dépens de
projets plus efficaces (mais aussi plus limités) d’ONG.
Les améliorations en
matière de sécurité, d'assistance, de financement
et de coordination sont des impératifs humanitaires pour la RDC.
L'espoir suscité par les améliorations au cours des
dernières années, couronné par les
élections qui ont eu lieu récemment, doit conduire le
peuple congolais, son gouvernement et la communauté
internationale — les États-Unis et d'autres acteurs
internationaux majeurs, les acteurs régionaux, les organismes
donateurs et allocateurs de fonds, les Nations Unies, les ONG et les
médias — à redoubler d’efforts pour arrêter le
massacre et le déplacement de populations civiles,
répondre aux besoins de base des personnes affectées par
le conflit et aider ces personnes à rentrer chez elles et
à reconstruire.
Par
conséquent,
Refugees International recommande:
Améliorer
la
sécurité
- Que
la
RDC demande que les États-Unis et les autres bailleurs de fonds
investissent dans les FARDC en augmentant les salaires, en
élargissant et en améliorant la formation, et en
soutenant si nécessaire les poursuites judiciaires à
l’encontre des militaires (hommes de rang et officiers) ayant commis
des exactions, en particulier des viols.
- Que
le
nouveau gouvernement congolais demande, et le Conseil de
sécurité de l’ONU autorise, une expansion de la MONUC sur
douze mois, ce qui ajouterait quatre bataillons supplémentaires.
Cela permettrait de protéger les civils et de faciliter les
réponses humanitaires, de dissuader les groupes armés
tout en les encourageant à se désarmer et se dissoudre,
de soutenir la réforme des FARDC, et de mettre en œuvre
l’embargo sur les armes et les ressources naturelles.
- Que
le
Rwanda et l'Ouganda commencent à mettre en application l'embargo
sur les armes et les ressources naturelles, que les États-Unis
et le Royaume-Uni, en tant que soutiens des deux pays, les y aident et
en même temps les rendent responsables des violations commises
(si nécessaire, par le biais du conseil de
sécurité de l'ONU).
Améliorer
l'assistance
- Que le
nouveau président de la RDC nomme un coordonnateur de haut
niveau pour les affaires humanitaires; que le nouveau Premier ministre
promeuve les personnes les plus qualifiées techniquement
à la tête des ministères pertinents, au niveau
national et provincial; et que la nouvelle Assemblée nationale
établisse un comité de surveillance des besoins et des
actions humanitaires.
- Que
le gouvernement de la
RDC, les bailleurs de fonds, les agences de l'ONU et les ONG
travaillent ensemble au renforcement du Mécanisme de
Réponse Rapide et à améliorer la gestion des camps
de personnes déplacées, ainsi que l'assistance aux
personnes ayant subi des viols. De plus, les bailleurs devront
résoudre les actuelles pénuries alimentaires en
augmentant les contributions au Programme Alimentaire Mondial.
- Que
les
organismes gouvernementaux de la RDC, les bailleurs de fonds, les
agences de l'ONU et les ONG intensifient leurs efforts dans le Cluster
Réintégration et Relance communautaire, en vue de
développer et de mettre en œuvre un plan exhaustif
d'encouragement et de facilitation au retour et à la
réinstallation des personnes déplacées, des
réfugiés et des anciens combattants.
Améliorer
le
financement
- Que les
donateurs augmentent leurs contributions aux actions humanitaires en
RDC, y compris en faveur de la sécurité et du maintien de
la paix, de l’aide humanitaire et de la coordination.
- Que
les
donateurs, l'ONU, le Coordonnateur Humanitaire en RDC et la Banque
mondiale travaillent à transformer le financement de
l'humanitaire en financement du développement, en s’assurant que
les organismes ne se voient pas menés pendant la transition
à suspendre des projets ni à licencier du personnel
expérimenté.
Améliorer
la
coordination
- Que le
Bureau du Haut commissaire aux Réfugiés de l'ONU (UNHCR)
et le PNUD achèvent le lancement du Cluster
Réintégration et Relance communautaire en étroite
liaison avec le Cluster Protection pour que les retours des personnes
déplacées et des réfugiés se fasse de
manière volontaire et sécuritaire, ainsi que rapidement.
- Que
sous
la direction du Coordonnateur Humanitaire de l'ONU, l’OCHA augmente la
participation locale dans les Clusters, et le PNUD améliore sa
capacité de coordination au fur et à mesure du retrait de
la MONUC.
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