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La mission de paix de l’ONU en République Démocratique du Congo a été mise à rude épreuve. Alors que plusieurs centaines de milliers de Congolais fuyaient leurs foyers et les camps de réfugiés pour éviter la violence qui reprenait dans le Nord-Kivu, la force a fait son possible pour répondre aux demandes pressantes de la population. Mais la MONUC (Mission des Nations unies en République Démocratique du Congo) n’aura toujours pas les moyens de protéger les civils, ni de maintenir une stabilité dans la Province, sans une aide militaire internationale accrue; un mandat clair et bien documenté; une capacité renforcée pour interagir avec les communautés locales; et, surtout, la garantie d’un soutien politique continu de haut-niveau.
Protection et aide humanitaire – les éléments de la crise
Depuis la reprise des combats dans le Nord-Kivu fin août, on estime à 250,000 le nombre de personnes déplacées, ce qui se traduit par plus d’un million de personnes réfugiées dans cette seule province. Les agences de l’ONU et les ONG humanitaires ont eu de la difficulté à faire face à cette situation. L’ampleur de la crise et le mouvement imprévisible des personnes déplacées rend difficile leur assistance et l’anticipation des besoins. La situation sécuritaire explosive empêche les travailleurs humanitaires d’accéder aux endroits sensibles, et d’innombrables personnes ont été obligées de survivre sans aucun soutien.
De plus, de nombreux cas de retour et de recrutement forcés ont fait surface récemment dans le Nord-Kivu, en violation du droit international. Quand, fin octobre, de nombreuses personnes sont retournées chez elles ou dans les camps de déplacés, elles ont trouvé leurs biens pillés et leurs abris brûlés. Celles qui ont fui sans rien prendre se retrouvent maintenant complètement démunies.
L’augmentation drastique du nombre de déplacés est une conséquence de la violence, de l’insécurité et des besoins humanitaires énormes que connaît le Nord-Kivu depuis des années. Ces dernières semaines, diplomates et politiciens sont venus à Goma pour manifester leur soutien. Mais la réponse internationale aux crises en Afrique est comme toujours ‘trop peu, trop tard’. Si ces mêmes autorités gouvernementales avaient été plus impliquées lorsque L’Acte d’Engagement signé à Goma en janvier avait montré des signes de faiblesse, cette vague de déplacement aurait pu être évitée.
La protection n’est pas seulement une proposition à court-terme. L’aide humanitaire est essentielle mais ne peut être que temporaire. La communauté internationale doit en premier lieu s’atteler à résoudre le conflit dans l’Est du Congo.
La MONUC et son Mandat de protection civile
La MONUC, la Mission de paix de l’ONU en RDC, est présentement la plus grande opération de maintien de la paix des Nations Unies dans le monde. On la considère aussi comme un « cas test » pour son approche multidimensionnelle visant à asseoir une présence militaire musclée, protéger les civils, faciliter la fourniture de l’aide humanitaire et développer des indicateurs de bonne gouvernance et d’institutions démocratiques.
La responsabilité de protection des civils vivant sous la menace imminente de violences physiques est au cœur du mandat de la MONUC. Mais cette tâche est à la fois la plus difficile, la plus controversée, et certainement la plus critiquée. La vulnérabilité des civils aux déplacements forcés et aux violences sexuelles est maintes fois citée comme étant l’échec le plus visible des forces de paix de l’ONU en RDC.
Les soldats de la MONUC ont cherché à améliorer la protection des civils cette année en augmentant le nombre des patrouilles à pied et en véhicules dans les endroits à risque, en déployant 39 petites bases avancées à travers le Nord-Kivu, et, dans certains cas, en favorisant une communication par téléphones portables avec les comités locaux de protection qui peuvent informer directement les responsables de la MONUC quand il y a des civils à risque. Malheureusement la réticence de certains dirigeants à faire des activités de protection une priorité réduit considérablement la capacité de la MONUC à assurer la sécurité de la population.
Etant donné sa configuration actuelle, il est difficile pour la MONUC de promouvoir la stabilité et de protéger la population. La Mission n’a que 6000 hommes dans le Nord-Kivu, l’équivalent d’un soldat par 8 kilomètres carrés. La communication entre les soldats de la MONUC et la population locale est réduite puisque la plupart des hommes viennent de pays différents et ne parlent ni français, ni kiswahili, et les interprètes sont rares. La planification des patrouilles régulières pour une meilleure protection est rendue plus ardue par la difficulté à récolter de bonnes informations. Même les efforts de protection réactive sont gênés par des routes exécrables, un terrain forestier dense, et un accès réduit pour les hélicoptères et les véhicules tout terrain.
De plus, de nombreux soldats dans la MONUC ont peu (ou aucune) formation directe dans les tâches liées à la protection de la population. Le roulement des effectifs chez les soldats ne fait que renforcer le problème d’un manque de compréhension des dynamiques politiques et historiques du conflit. Par ailleurs, il n’y a pas d’officiers des Affaires Civiles et Politiques sur le terrain pour donner une analyse en temps réel et pour guider les décisions des commandants de la MONUC.
De nouvelles tâches et des facteurs complexes pour la MONUC
Malgré le manque de ressources adéquates qui compromettent les efforts de protection de la population civile, le champ d’activités des forces de la MONUC s’est élargi et est devenu plus complexe au cours des 12 derniers mois. La MONUC doit faire face à un vaste programme de tâches urgentes : suivre de près le cessez-le-feu ; assurer la formation, la logistique et le soutien opérationnel aux militaires congolais (les FARDC) ; et repousser les attaques rebelles fréquentes dans les villes et les lieux stratégiques, telle que l’offensive récente sur Goma.
Pour noircir le tableau, l’armée nationale congolaise s’avère être un partenaire faible et souvent criminel, sujet à l’abandon de postes et qui profite du chaos pour piller et terroriser la population. La MONUC se retrouve manipulée à la fois par le gouvernement et par l’armée, tandis que le soutien politique est inexistant au niveau local et n’est guère mieux au niveau international. La MONUC se retrouve donc dans une position impossible à gérer.
Selon les termes de l’entente de Goma de janvier 2008, la MONUC joue le rôle d’un intermédiaire neutre qui surveille les zones tampons entre les FARDC et le groupe rebelle, le CNDP du Général Laurent Nkunda. (Selon le plan plus récent du «désengagement», la MONUC doit aussi surveiller des «zones de séparation» plus étendues.) Cependant cette neutralité est totalement compromise puisque la MONUC doit soutenir les FARDC selon les termes du Communiqué de Nairobi, une entente signée en novembre 2007 par les gouvernements du Rwanda et de la RDC. Conformément au Communiqué, les forces de la MONUC doivent fournir un soutien logistique considérable, dont le transport, les fournitures et le soutien stratégique et militaire. En d’autres mots, la MONUC devrait à la fois surveiller et soutenir les FARDC dans leurs opérations dans la même province.
Le CNDP, le gouvernement congolais et ses forces militaires essaient par tous les moyens d’exploiter cette ambigüité et la confusion qu’elle engendre. Des infractions contre le cessez-le-feu ont été commises par les deux partis. Mais les FARDC ont agi de manière plus flagrante puisqu’elles ont tiré sur les forces rebelles de Nkunda à côté (et même parfois de l’intérieur) des bases de la MONUC. Les déplacés internes qui se trouvent près des bases de la MONUC sont menacés par ces infractions, et le CNDP peut supposer que la MONUC est complice des attaques de l’armée congolaise. Ainsi, quand la MONUC a demandé aux FARDC de quitter les zones tampons, le gouvernement et les autorités locales ont fait croire à la population que la MONUC était de mèche avec le CNDP et que la Mission s’opposait aux efforts du gouvernement pour vaincre les forces rebelles. À cause de ce manège, la MONUC est devenue la cible de tous.
La réaction des civils contre la force est inquiétante. Une rhétorique manipulatrice, ajoutée à l’incompréhension du mandat de la MONUC et le rôle que la Mission devrait avoir vis-à-vis du FARDC, n’ont fait qu’aviver les tensions. La colère des civils ne s’atténue pas, les forces de la MONUC échouant depuis des années dans leurs efforts pour arrêter les attaques contre la population.
Depuis le début de l’année, les forces de la MONUC qui patrouillent dans des régions instables, telles que l’axe du Rutshuru, portent des visières en Plexiglas et recouvrent les vitres de leurs véhicules d’un grillage métallique pour se protéger des jets de pierre des civils, une situation qui a déjà provoqué des blessures graves. A différentes occasions, des manifestations violentes ont éclaté, barrant la voie aux véhicules de la MONUC. Par exemple, un véhicule blindé a été renversé et incendié ; et les soldats ont dû fuir la foule.
N’ayant à leur disposition que des armes fatales, les militaires de la MONUC n’ont que deux options: faire face ou se retirer. Comme l’a constaté un responsable de la MONUC, « Nous ne sommes pas ici pour tirer sur les civils… Il est clair que nous avons une responsabilité envers le peuple congolais, mais j’ai aussi une responsabilité envers mes hommes. Jusqu’à quand faudra-t-il qu’on tienne ainsi ? »
Malgré tout, les civils considèrent la MONUC comme un moyen de protection. Lorsque la violence éclate, les installations de la MONUC sur le terrain sont souvent entourées par les déplacés internes, qui cherchent à se protéger grâce à la proximité des soldats de l’ONU. On peut alors supposer que les attaques violentes seraient le fait d’une manipulation des partis au conflit, plutôt que des expressions spontanées de colère.
Comment progresser
Renforcer la MONUC
La crise la plus récente a encore une fois fait « réagir » la communauté internationale, mais tout nouvel élan d’aide doit être stratégique. La seule façon d’assurer une sécurité et une stabilité durables pour la population du Nord-Kivu est de répondre à la fois aux besoins humanitaires immédiats et trouver un dénouement à cette crise militaire et politique qui s’enlise.
L’échec de la MONUC à protéger les civils de manière efficace est dû en grande partie au manque de ressources nécessaires pour mener à bien une tâche aussi complexe. Les forces de la MONUC travaillent déjà en étroite collaboration avec le personnel civil et humanitaire des agences internationales, et sont impliquées dans le développement de la stratégie du groupe sectoriel de Protection. Certains efforts de protection ont porté leurs fruits, et avec plus de ressources la MONUC pourrait très certainement jouer un rôle plus efficace dans la protection des civils. Les nouvelles initiatives devraient soit viser à augmenter la capacité de la MONUC à assurer les tâches de protection et de surveillance, soit chercher à insister sur la valeur ajoutée des tâches spécifiques et des efforts complémentaires. Le conflit au Nord-Kivu – déjà fort complexe - n’a nullement besoin d’initiatives internationales parallèles qui ne feraient qu’ajouter à la confusion générale.
Les discussions, donc, portant sur le mandat d’une éventuelle nouvelle force multinationale, devraient clarifier la manière dont cette Force pourrait être complémentaire de la MONUC et lui simplifier les tâches. La meilleure façon d’utiliser une capacité militaire musclée dans le Nord-Kivu serait justement de sécuriser les villes clés et les positions stratégiques, telles que Goma, Sake et Rutshuru, contre les attaques des rebelles. Les ressources de la MONUC seraient ainsi libérées pour se consacrer davantage à leur tâche de protection et de surveillance.
Clarifier et soutenir le Mandat de la MONUC
Alors que le Conseil de sécurité n’a cessé d’augmenter le nombre et la difficulté des responsabilités incombant à la Mission, il n’a pas estimé nécessaire de fournir de nouvelles ressources pour faire face à ces nouvelles exigences. Il est clair que le mandat de la MONUC est voué à l’échec étant donné le manque de ressources.
Le 29 octobre 2008, le Conseil de sécurité a fait appel à la MONUC pour « poursuivre et assumer complètement son mandat, dans tous ses aspects, en particulier par le biais d’actions musclées pour protéger les civils à risque et pour prévenir toute menace de groupes armés » sur le processus politique.
Cette rhétorique vide de sens est non seulement peu sincère mais elle est aussi dangereuse pour la MONUC et pour les civils qui sont sous sa protection. C’est une déclaration faite par des politiques pour apaiser leurs propres populations et leur faire croire que la protection des civils est bel et bien une priorité, sans pour autant prendre d’engagement financier auprès de la MONUC, qui ne pourra donc rien faire de plus. (Le Conseil promet d’« étudier attentivement » la façon d’augmenter les pouvoirs de la MONUC, mais un soutien accru aurait été plus utile pour la MONUC lors de sa première demande et non pas à la suite de violences et de déplacements massifs). Le Conseil de sécurité soulage les politiciens des responsabilités qui leur incombent pour l’imposer aux soldats démunis de l’ONU et sous attaque en RDC.
Lors du processus prévu du renouvellement du mandat de la MONUC, le Conseil de sécurité doit donc réconcilier les tâches de la MONUC avec ses ressources. Si de nouvelles ressources ne sont pas mises à disposition, alors le Conseil doit accepter de prendre la responsabilité politique liée à une réduction en nombre et en complexité des tâches de la MONUC. Les membres du Conseil doivent classer de manière claire et honnête les nombreuses responsabilités de la Mission, et fournir au personnel civil et militaire de la MONUC les ressources et le soutien politique pour bien accomplir ces tâches, une fois leurs priorités déterminées.
Sensibiliser les civils à la Mission de l’ONU en RDC
Actuellement, les forces militaires de la MONUC sont le visage de la Mission et même de la communauté internationale dans son ensemble, dans plusieurs lieux du Nord Kivu. L’insuffisance de personnel est flagrante dans les départements des Affaires Civiles et Politiques de la Mission, et les contraintes de sécurité empêchent les quelques employés présents un accès régulier au terrain. Question sécurité et tactique militaire, les officiers s’y connaissent. Par contre, ils n’ont pas de formation sur l’histoire du conflit, ni sur la dynamique politique et sociale des communautés dans lesquelles ils se retrouvent. D’où leur inaptitude à reconnaître les menaces de protection (retours et recrutement forcés) et à réagir de manière adéquate.
Pour combler ces lacunes, les employés des Affaires Civiles et Politiques de la MONUC doivent être déployés à côté des installations militaires de la Mission pour donner aux commandants une analyse en temps réel des situations qui évoluent, et des menaces contre les civils, pour interagir avec les autorités des communautés locales, et pour aider à atténuer les tensions politiques. Par ailleurs, la population doit être sensibilisée aux réalités et aux contraintes du mandat de la MONUC, et à la logique qui guide ses activités militaires pour ainsi atténuer les effets de la manipulation gouvernementale.
Trouver une solution politique
Une MONUC ayant des ressources adéquates et un mandat énoncé clairement aurait les moyens de créer un environnement sécurisé pour des interventions diplomatiques. Cependant, l’intervention militaire, tout comme l’aide humanitaire, ne peut pas résoudre les causes premières du conflit au Nord-Kivu, aussi efficace soit-elle. A partir de maintenant, la nouvelle administration américaine doit, avec ses homologues du gouvernement britannique, fournir un effort suivi et coordonné afin d’amener toutes les parties à respecter leurs engagements signés lors du Communiqué de Nairobi et de l’Entente de paix de Goma. Les leaders régionaux, incluant les Présidents de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda, doivent être soumis à une pression soutenue et de haut niveau pour entamer des discussions constructives ; arrêter d’aider les éléments qui passent d’un pays à l’autre ; et mettre fin à la manipulation des forces et de la réputation de la MONUC auprès des communautés locales. De plus, les gouvernements américain et britannique doivent tout faire pour soutenir les efforts de médiation de l’Union Africaine.
Erin A. Weir, Peacekeeping Advocate, et Teresa Weathington, Development Associate, ont évalué les besoins de la MONUC en RDC fin octobre 2008.