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| RDC: Les opportunités de relèvement dans le Nord Katanga (.pdf) | 90.34 KB |
Un effort soutenu pour remédier aux problèmes d’accès par la route dans le Nord du Katanga pourrait accélérer la création de services de base et stimuler les activités économiques. La région est connue pour son isolement géographique, ses infrastructures délabrées et ses besoins humanitaires chroniques. Malgré tout, la sécurité s’est améliorée, les réfugiés sont bien accueillis par les communautés et par ailleurs, les autorités locales se sont engagées à aider les rapatriés et les communautés d’accueil : autant d’éléments positifs pour la création de projets de relèvement économique. Les autorités congolaises, les donateurs internationaux et les agences de développement devraient saisir cette occasion pour reconstruire la région et réduire les risques d’un retour de la violence.
Les rapatriements ne sont qu’un début
Entre 1999 et 2002, le Katanga était un champ de bataille entre les forces armées rwandaises qui occupaient la région et les armées congolaises et zimbabwéennes. Par la suite en fin 2005, des combats ont éclaté entre l’armée congolaise et les milices locales généralement connues sous le nom de Maï Maï. Après avoir combattu les Rwandais aux côtés de l’armée nationale, les Maï Maï ont résisté au processus de désarmement et de démobilisation, et ont attaqué délibérément des civils. Depuis la fin du conflit à la mi-2006, jusqu’à 450 000 personnes précédemment déplacées sont retournées chez elles. Quarante trois mille autres réfugiés congolais qui vivaient dans des camps près de la frontière zambienne à la fin des années 90, ont commencé à retourner dans leurs régions d’origine. D’autres enfin, qui vivaient en dehors des camps, retournent spontanément, sans aucune aide, et il n’existe aucune information sur comment ces derniers et les autres déplacés internes réussissent à subvenir à leurs besoins.
Depuis mai 2007, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a facilité le retour d’environ quinze mille réfugiés. Le processus de rapatriement fonctionne bien, malgré les défis logistiques posés par les longues distances et les routes délabrées. Les centres de transit et les lieux de halte sont équipés pour accueillir 400 personnes arrivant par convois hebdomadaires. Les rapatriés reçoivent des rations alimentaires pour 6 mois et des objets essentiels, incluant des matériaux de construction basiques, des outils pour l’agriculture ainsi que des semences. Tous les rapatriés ne parviennent pas à atteindre leurs régions d’origine souvent reculées, et finissent par s’installer dans les centres urbains où les opportunités économiques semblent plus prometteuses.
Bien que les rapatriés aient droit à des soins de santé gratuits pour une année, les services médicaux sont minimes et les équipements sont médiocres. De plus, les enseignants, qui ne sont pas payés par l’Etat, réclament des frais de scolarité aux familles qui n’ont pas les moyens de les payer, et ce, malgré le fait que les enfants ont droit à l’enseignement primaire gratuit. Malgré tout, les rapatriés sont accueillis avec enthousiasme par les communautés locales. Même lorsque des conflits surgissent entre les rapatriés et les résidents autour des questions foncières et de propriété, ils sont résolus avec succès par la Commission Nationale pour les Réfugiés et les autorités locales.
Le grand défi de la réintégration
Une fois que les personnes sont rapatriées, le véritable défi consiste à commencer une nouvelle vie : construire une maison, obtenir un emploi stable et envoyer les enfants à l’école. Selon un travailleur humanitaire que Refugees International (RI) a rencontré: « tout est prioritaire ici. Les épidémies de choléra sont récurrentes et l’accès à l’eau potable est limité. Il n’y a pas assez d’écoles, pas assez de postes de santé. Tout est très loin et difficile d’accès étant donné l’absence ou l’état désastreux des routes. Les rapatriés autant que les résidents rencontrent de grandes difficultés. »
Les résultats du travail du groupe sectoriel Réintégration et Relance Communautaire se font attendre, dans la mesure où de nombreux problèmes doivent être encore abordés. Ce n’est que récemment que le HCR qui, conjointement avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), préside le groupe sectoriel n’a engagé et formé des organisations locales pour visiter les zones de retour et identifier les lacunes et les besoins non comblés.
Cette surveillance va probablement confirmer ce qu’un certain nombre de missions inter-agence d’évaluations des besoins, conduites au cours des deux dernières années ont souligné à maintes reprises: insécurité alimentaire, importante vulnérabilité de larges portions de la population, manque chronique de services de base et une économie locale stagnante.
Donner une impulsion au relèvement en désenclavant l’intérieur du pays
Les activités actuelles de réintégration et d’aide mises en œuvre par les partenaires du HCR et une poignée d’organisations internationales non gouvernementales sont absolument nécessaires. Toutefois leur impact est de courte durée et les efforts semblent négligeables au vu de l’ampleur des besoins et de la quantité des ressources investies. Par exemple, une agence a du transporter 800 sacs de ciments et 600 barres de métal par bicyclette sur des centaines de kilomètres pour construire un puits pour 300 personnes. En dépit de la grande disponibilité de terres fertiles, les fermiers cultivent juste ce qu’ils considèrent comme le minimum nécessaire pour nourrir les membres de leurs familles, puisqu’ils n’ont pas les moyens d’amener une production supplémentaire aux marchés se situant dans des centres urbains éloignés.
Tout projet visant à construire des écoles et des centres médicaux, ou espérant revitaliser les activités économiques et le commerce, fait face à des obstacles intimidants et ne répondra pas aux besoins des gens d’une façon durable et réussie. Il est nécessaire de revigorer l’économie locale par la réhabilitation et la construction des routes pour relier les communautés de l’intérieur a celles des lacs Tanganika et Mwero, ainsi que la Zambie et la capitale provinciale Lubumbashi. Malgré un coût initial élevé, les bénéfices associés à une meilleure accessibilité réduiraient les coûts à long terme de tous autres programmes économiques et sociaux.
Saisir cette opportunité maintenant
Le moment est crucial pour la mise en œuvre d’un tel projet, car le manque persistent de relèvement et d’options économiques pourrait faciliter une rechute dans le banditisme et la violence.
La réintégration des milices Maï Maï est encore incomplète. De nombreux civils n’ont pas encore été désarmés et des rapports alarmants font état de cargaisons d’armes légères arrivant dans la région. Plus important encore, il subsiste une impunité complète pour tous les crimes commis, en particulier les actes de violence sexuelle et de viol. Les institutions judiciaires sont inexistantes ou situées si loin que les victimes n’ont pas les moyens de s’y rendre pour recevoir une protection juridique ou pour témoigner en cour. Un fonctionnaire du gouvernement a confié à RI : « En dépit de la fin de la guerre, la violence sexuelle s’est normalisé et touche la population toute entière. Même un chef traditionnel a été accusé de viol. L’inaction judiciaire est un problème très sérieux et envoie un message que les actes criminels sont tolérés »
Les autorités provinciales ont terminé un plan de développement multisectoriel, et selon l’ONU et les autorités du gouvernement, ce plan devrait être mis en œuvre après janvier 2009. Néanmoins le financement n’est pas garanti. Les discussions budgétaires pour financer le plan sont en cours, mais la provision attendue, provenant de la réforme fiscale qui devrait retourner aux provinces 40% de toutes les recettes des taxes n’est pas encore survenue. Le Katanga est une province riche en minerais et potentiellement très riche, et cette perception de la province, empêche les donateurs internationaux d’y engager des ressources importantes. En réalité cependant, les gens doivent faire face aux mêmes épreuves et à la même misère que dans d’autres parties du pays.
Le programme du groupe sectoriel Logistique, qui s’occupe de l’infrastructure de communications pour les opérations humanitaires, rencontre beaucoup des difficultés. Les agences onusiennes manque de moyens, le programme est en retard, et requiert des ressources humaines en permanence pour fournir le support technique nécessaire. Finalement, les programmes de réhabilitation des routes ne reçoivent pas le support adéquat pour leur entretien, rendant les routes fréquemment impraticables à cause des pluies torrentielles.
Andrea Lari, Senior Advocate, et Mpako Foaleng, Advocate, ont évalué la situation des rapatriés dans la province du Katanga en août 2008.