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| Burundi: La stabilité dépend du succès de la réintégration des rapatriés (.pdf) | 92.98 KB |
Le Burundi doit faire face à d’importants défis pour réintégrer les réfugiés qui ont passé des décennies en exil. Pour assurer une stabilité durable, le gouvernement du Burundi devrait aborder de façon plus volontariste les questions relatives à la terre et à la propriété entre les rapatriés et les résidents; de même, les pays donateurs devraient renforcer les strctures gouvernementales locales et les aider à relancer les services et les activités de subsistance pour les rapatriés.
Un processus de retour complexe
Plus de 420,000 burundais qui ont fui des conflits successifs pour
trouver refuge en Tanzanie, ont commencé à retourner dans leur pays
depuis janvier 2002. Nombreux parmi ceux qui sont revenus dans les mois
récents, ont dû quitter la Tanzanie sous la pression du gouvernement
tanzanien, malgré les signes évidents que le gouvernement burundais
n’était pas prêt à réintégrer rapidement les rapatriés. Les personnes
rapatriées récemment, sont parmi les plus vulnérables et sont moins en
mesure de se prendre en charge que les réfugiés qui sont retournés au
Burundi précédemment. Une preuve du manque de confiance croissant dans
le processus de retour est que des centaines de réfugiés qui ont été
enregistrés par l’agence des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) dans
le cadre d’un rapatriement ont « disparu » entre janvier et juin 2008.
Il y a quatre catégories de rapatriés qui reçoivent et nécessitent
différents degrés d’assistance. En premier, ceux qui ont fui en
Tanzanie en 1972 quand la guerre civile a éclaté au Burundi. Ils
reçoivent une petite indemnité de 45 dollars en liquide quand ils
retournent au Burundi, et ont l’autorisation de transporter 100 kg de
bagage par personnes. Sur les 72,700 burundais qui sont déjà retournés
en 2008, 15,000 font partie de cette première catégorie. Au total, on
estime à 45,000 personnes, le nombre de réfugiés partis en 1972 et qui
devraient retourner dans leur pays d’ici l’année prochaine. La seconde
catégorie de réfugiés est celle des personnes qui ont fui en 1993. Ils
sont considérés comme étant moins auto-suffisants, et reçoivent donc
une ration alimentaire pour 6 mois, d’autres fournitures, et les 45
dollars de d’indemnité.
Une troisième catégorie comporte les rapatriés volontaires qui ont
décidé de retourner chez eux par crainte d’être expulsés par la force
ou dans l’espoir de retrouver leur terre et leurs biens dans un Burundi
récemment pacifié. Durant leur voyage de retour, de nombreuses
personnes ont été victimes de harcèlement et d’extorsion par les
patrouilles frontalières, y compris le viol des femmes et des filles.
Enfin, les personnes qui n’étaient pas légalement réfugiées et qui sont
expulsées de Tanzanie par la force. Initialement invitées par le
gouvernement tanzanien à s’annoncer, avec l’espoir d’être intégrées
localement, ces personnes étaient par la suite expulsées du pays sans
préavis ou sans avoir le temps de récupérer leurs affaires ou leurs
documents. Les plus vulnérables parmi ces deux catégories de personnes
reçoivent de l’aide à leur retour, de façon très aléatoire.
Problèmes de réintégration
Sous la pression du gouvernement tanzanien, les autorités
burundaises ont visité des camps en Tanzanie et promis aux les réfugiés
qu’ils recevront des terres et de l’aide s’ils retournent. Cependant le
niveau d’effort actuel du gouvernement et des autres acteurs n’est pas
suffisant. Les difficultés commencent durant le processus de retour.
Les sites de transit sont bondés, notamment le site de Mabanda, que
Refugees International a visité récemment. Ce site est censé recevoir
un millier de personnes pour 2 ou 3 jours, mais au lieu de cela, des
familles sont bloquées là pour plus de 2 mois. 600 personnes vivent
dans le centre de façon permanente, tandis que des convois de centaines
de personnes transitent par le centre chaque semaine.
Les personnes restent bloquées dans les centres de transit parce
qu’elles sont incapables d’accéder à leurs terres et maisons. Dans de
nombreuses régions du Burundi, spécialement dans les provinces du sud,
de Bururi et de Makamba, un des gouvernements précédents a encouragé
les gens provenant d’autres régions à occuper les terres restées
inoccupées. Ainsi, alors que ceux qui ont fui en 1993 ont eu plus de
succès à récupérer dans leurs terres et leurs maisons, les autres,
spécialement ceux qui sont partis en 1972, ont retrouvé leurs terres
occupées. Les rapatriés qui ont identifié leurs biens et qui ne peuvent
pas les récupérer, campent à ciel ouvert ou occupent des bâtiments
publics (écoles, bureaux municipaux), en attendant qu’une solution soit
trouvée. L’encombrement des sites et l’installation anarchique des
familles laissent de nombreuses personnes vulnérables aux épidémies et
aux incidents de sécurité.
Renforcer la Commission des terres et autres biens et prendre des décisions politiques
Le gouvernement aborde le problème foncier, par le biais d’une
commission mandatée pour aider les rapatriés à récupérer leurs terres
ou à se reloger ailleurs. Trouver des solutions reste un défi à cause
du manque de terre, et aussi du fait que pour la majorité des
burundais, la terre est la première ressource économique, mais elle
constitue également une forme de richesse culturelle parce que la
parcelle familiale est vue comme le symbole de l’identité familiale et
ethnique.
La commission est débordée par le nombre de conflits territoriaux. A
Macamba, par exemple, la commission territoriale de la province reçoit
entre 20 et 50 cas par semaine, mais seulement 5 à 10 cas sont résolus.
De plus, la commission n’a pas la décision finale, parce que les
solutions qu’elle propose peuvent être attaquées en justice. Ceci
résulte en un encombrement du système judiciaire, dans la mesure où 70%
des cas traités sont relatifs à des conflits fonciers. Une législation
spécifique est nécessaire pour résoudre au moins les conflits fonciers
qui résultent de la décision du gouvernement de redistribuer les terres
de ceux qui avaient fui les violences en 1972.
Le gouvernement a décidé de construire de nouveaux villages pour
les rapatriés les plus vulnérables qui sont incapables de récupérer
leurs propriétés et pour un petit nombre de familles vulnérables qui
sont encore déplacées internes. Refugees International a visité le
“village de paix” de Muriza dans la province de Ruyigi, où 98 maisons
ont été construites pour accueillir des ménages dirigées par des
femmes. Pour éviter les erreurs du passé, le villages a été construit
près des services publiques comme les écoles, les centres de santé, les
sources d’eau potable, et chaque famille reçoit une terre arable. Selon
les autorités locales, ce village va être administrativement structuré
comme d’autres villages dans le pays, mais créer des villages
uniquement pour les personnes vulnérables posent la question de leur
viabilité économique.
Moyens de subsistance et éducation
Les programmes financés par le gouvernement et les donateurs
doivent créer des opportunités dans le domaine agricole mais tout aussi
dans d’autres secteurs d’activités. Cependant, l’effort de
réintégration actuel est concentré sur le fait de fournir des terres et
de créer des activités de subsistance basées sur l’agriculture pour les
rapatriés, et ce avec une considération limitée pour d’autres options.
De nombreux rapatriés, spécialement ceux qui sont nés dans les camps en
Tanzanie, cherchent la possibilité d’utiliser d’autres capacités par le
biais de microcrédits ou d’autres programmes de subsistance, mais ces
programmes ne sont pas encore mis au point. Les programmes de relance
des activités de subsistance doivent refléter le fait que l’agriculture
n’est par toujours l’activité préférée par les rapatriés.
L’éducation est censée être gratuite au primaire et pour les deux
premières années de l’école secondaire. Mais les écoles sont bondées et
les enfants rapatriés qui ne paient pas les frais de scolarité, ne sont
pas admis. Des enseignants d’écoles primaires ne sont pas formés pour
les écoles qui sont en train d’être construites et les donateurs ne
financent pas l’école secondaire. Le taux de scolarisation des filles
rapatriés est plus bas que celui des autres filles dans la population.
Il est inquiétant de constater que des enfants et des jeunes parmi les
rapatriés abandonnent l’école pour rejoindre le groupe militaire
rebelle du Front National de Libération (FNL) dans le but de bénéficier
des dividendes de la démobilisation. Développer des opportunités
économiques pour les jeunes doit être une priorité.
Le Burundi fait face à des difficultés de réintégration qui sont
typiques des situations de retour à grande échelle. Puisqu’ils vivaient
depuis des années dans des camps de réfugiés, de nombreux rapatriés
sont devenus dépendants de l’aide extérieure, et se retrouvent à
présent dans une situation où ils doivent se prendre en charge
eux-mêmes. De plus, des tensions naissent entre les rapatriés, les
personnes déplacées internes, et les résidents, parce-que ces deux
derniers groupes, qui sont aussi vulnérables ne reçoivent pas d’aide.
Pour prévenir une augmentation de la tension, il est crucial que le
processus de retour profitent à la communauté toute entière aussi bien
qu’à ses membres les plus vulnérables.
Les défenseurs Mpako Foaleng et Andrea Lari ont évalué la situation des rapatriés au Burundi au mois d’août.