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République Centrafricaine: éléments clés sur les déplacés du nord-ouest


01/22/2008

Malgré quelques progrès sur le front politique, le nombre de déplacés dans la région nord-ouest reste élevé, même si certains villageois commencent à rentrer chez eux. Les agences de l’ONU et les ONG doivent élaborer une stratégie portant sur trois axes principaux: la réponse aux besoins humanitaires des populations; la concentration des efforts sur le développement à long-terme; le financement et le suivi des activités menées dans le cadre des réformes du secteur de la sécurité. Le gouvernement américain doit transférer la majeure partie de son budget d’aide, alloué au programme Food For Peace, vers les ONG ayant besoin de fonds pour les programmes de "relèvement".

  • Les besoins humanitaires immédiats de la population locale ne doivent pas éclipser la crise de développement. Cette crise est le résultat de plusieurs décennies d’insécurité aux dimensions régionales, politiques et ethniques. L’ONU estime à 100,000 le nombre de déplacés internes dans les trois régions du nord-ouest, mais il est difficile de vérifier l’exactitude de ces chiffres dans le contexte actuel. Les victimes de cette insécurité sont néanmoins des communautés entières – qu’elles soient déplacées ou non. L’insécurité empêche le transport de biens et de personnes dans de bonnes conditions, l’accès aux soins et à l’éducation, le développement des marchés et l’amélioration des conditions de vie. Dans de telles circonstances, les programmes d’aide doivent être conçus de façon à éviter que ne soient automatiquement associés vulnérabilité et déplacement, et faire en sorte que la réponse humanitaire se transforme en un soutien au développement.


  • Cette situation est d’autant plus compliquée que les indicateurs de vulnérabilité conventionnels ne s’appliquent pas toujours. En effet, les cibles des zaraguinas sont souvent les membres les plus riches d’une communauté, les propriétaires de bétail et les artisans étant plus susceptibles d’avoir des familles en mesure de payer des rançons importantes. Refugees International a rencontré un mécanicien qui avait dû fuir son village et se réfugier à Paoua après avoir tout perdu aux mains des bandits.


  • Les villageois déplacés souffrent de traumatismes importants. Cachés dans leurs champs parfois situés à des kilomètres de la route, ils fuient au son des moteurs de voitures qui leur rappellent les convois militaires. Le besoin de programmes consacrés à la santé mentale est réel, surtout pour les enfants.


  • La situation dans le village de Kabo dans la région de Nana-Gribizi est particulièrement préoccupante. Presque tous les villages dans un périmètre de 50km au sud-ouest de Kabo ont été abandonnés. Après s’être cachés près de leurs champs, les chefs de village ont décidé de réunir leurs communautés à Kabo pour éviter de tomber entre les mains des zaraguinas. A ce jour on compte un peu plus de 3 000 déplacés dans ce site, ce qui constitue de facto le premier camp de déplacés en Centrafrique. Pour les ONG et le HCR, la situation est délicate, car il s’agit pour le moment de ne pas créer de précédent. Ce type de scénario complique fortement le retour des déplacés dans des conditions sécuritaires, entraîne une dépendance envers l’aide humanitaire et utilise des ressources importantes de l’ONU et des ONG.


  • Pour l’observateur externe, les rebelles et les zaraguinas sont deux groupes distincts. Mais pas pour les victimes. A l’heure actuelle, les rebelles de l’Armée Populaire pour la Restauration de la République et de la Démocratie (APRD) contrôlent une bonne partie de la région nord-ouest. Mais l’absence de leadership et les divisions internes, ainsi que le fléchissement du soutien de la population locale, ont affaibli l’APRD. Les zaraguinas, groupe hétérogène constitué d’ex-combattants et de criminels provenant surtout du Tchad et du Niger, kidnappent et pillent à tout va, et ciblent de plus en plus les convois d’ONG. Si les objectifs des rebelles et des zaraguinas diffèrent, les deux groupes vivent aux crochets de la population. Refugees International a rencontré un villageois de cinquante ans qui avait été torturé par l’APRD après avoir été accusé d’aider les FACA. Dans certains villages, la présence de rebelles apporte une sécurité face aux zaraguinas, mais elle entraîne aussi des représailles de la part des FACA.


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